Les aventures d’une caissière altermondialiste, et végétalienne : épisode 1

Vous le savez peut-être déjà, Ingrid et moi projetons de partir voyager d’Octobre à Juin. Et pour réaliser notre rêve de toujours, et bien il nous faut de l’argent.

 

Pour cela, nous avions prévu de travailler 3 mois avant de quitter la France, histoire de partir sur des bases financières solides et d’avoir de quoi tenir un peu avant de devoir travailler quelque part.
Motivées par la belle aventure qui nous attend, nous avons trouvé des boulots qui nous tiendraient occupées tout l’été. Service, ménages, babysitting, surveillance de musée, et caisse.
J’ai donc été prise en tant que caissière dans un magasin pour les deux mois d’été. C’était le premier été où j’étais en droit de travailler, et donc la première fois que je travaillais vraiment, avec des horaires fixes, de vraies responsabilités et un salaire de « grande ».
Je suis soulagée d’avoir un travail et ravie de pouvoir bosser concrètement à la réalisation de notre projet. Seulement, pour une végétalienne, (plutôt) féministe et altermondialiste (qui signifie pour moi autre mondialisation, et pas anarchie) (et oui ça fait beaucoup pour une seule personne, même que mon ancien prof d’histoire Mr. Portelli rajouterait bouddhiste et écolo à tout ça histoire de finir le cliché), ce n’est pas si facile que ça.

Je ne vais pas commencer à faire un réquisitoire contre la société de consommation, les lobbys qui corrompent la moindre vérité, ou comment la dictature financière a fait de nous des gens avides – de pouvoir, d’argent et de reconnaissance. Mais on est tous d’accord pour dire que les grandes surfaces représentent parfaitement le capitalisme. Et c’est dans cet environnement hostile à l’humanité et l’altruisme que je dois me fondre presque tous les jours, en brassant de l’argent, et en voyant tant de produits de consommation passer sous mes yeux et dans mes mains en supportant les remarques désobligeantes des clients (des hommes la plupart du temps).

Outre ça, je crois qu’un des trucs les plus difficiles à supporter, c’est de voir le sang de la viande mal emballée sur mes doigts, ou de voir la quantité de foies, de côtes ou de poissons passer sur mon tapis. Tout en bipant leur code barre, je me sens obligée de demander pardon aux animaux qui ont fini comme ça, découpés en morceaux et étalés dans des rayons réfrigérés…

 

Mais le plus frustrant de tout, c’est de ne pas pouvoir s’exprimer. « Bonjour messieurs dames, 38,43 s’il vous plait, vous avez la carte du magasin ? Je vous mets un sac à 3 centimes avec ? ». Un robot. Je suis réduite à être un robot qui se charge de faire l’intermédiaire entre la caisse et le client. Et certains clients ne me considèrent pas comme plus. Pas de réflexion, pas de prise de position, pas de pouvoir intellectuel. Et pourtant j’en pense des choses.

« Et bonjour ça te coûtera pas plus cher »

« Donc en fait là tu achètes la poitrine du bébé d’une vache. Ah oui, les yaourts vont avec, je me disais bien aussi, ça manquait de violence animale »

« Ah un sac par fruit et un sac par légume… Nan c’est sûr, si jamais les pesticides d’un d’eux venaient à se mélanger »

« Est-ce que j’ai vraiment 500 euros dans les mains là ? Ah ouais, d’accord. »

« Donc en fait là je mets tous les produits devant dans les rayons pour faire croire aux gens que les rayons sont pleins alors qu’il reste plus rien derrière c’est ça ? Ah ça s’appelle du facing ? Et ben c’est bien de l’arnaque. »

 

Ensuite, viennent les conversations très profondes qu’on peut tenir avec certains (TOUS les extraits qui vont suivre sont vrais.)

« Je viens voir la gentille fifille »
« Euh c’est moi que vous appelez gentille fifille monsieur ? »
« Quoi vous êtes pas une gentille fifille ? »
« Euh non. » *rend la monnaie au client d’avant en lui lançant un regard désespéré*
« Mais vous êtes pas une fifille ? »
« Non monsieur je suis une femme. »
Alerte au psychopathe, vas-y donne moi l’appoint et part au plus vite.

« No pas ça senorita pas ça señorita pas ça señorita pas ça. Pas ça señorita pas ça. Nan pas ça. »
« Oui d’accord mais quoi ? »
« Tout mais pas ça señorita. »

« Maman tu crois qu’on va en avoir pour combien ? Moi je dis 3000 euros ! »
« Non ma puce quand même pas… Et puis on se fait plaisir une petite glace de temps en temps c’est bien. »
« Oui t’as raison, et le plaisir ne s’achète pas. Le plaisir ne s’achète pas… Sauf pour les chiens »
Je vous laisse méditer cette phrase et la prendre dans le sens qui vous plaît, ce qui est sûr c’est que j’ai explosé de rire.

« Il faut les enlever les antivols, parce qu’après on sonne et ça nous fait perdre du temps. Et je suis pas là pour perdre du temps. »
« Ça arrive madame, vous savez il suffit qu’on ne voit pas l’antivol… L’erreur est humaine après tout. »
« Ouais l’erreur est humaine sauf que c’est votre boulot. »

« Bonjour Juliette. » *regard plein de fourberie*
« Bonjour monsieur. » Wowowo, on garde nos distances. Pourquoi j’ai un badge avec mon noooooom ?
« T’es très jolie Juliette. »
Bon ça va, j’accepte, ça aurait pu être bien moins délicat…

« Excusez moi bonjour, je voulais savoir… Vous pensez que cette couleur irait bien sur mes cheveux ? »
« Euh madame je peux pas vraiment vous dire, vous êtes voilée… »

« Non mais j’ai dit que ça je le voulais pas. Vous comprenez rien. »
« Vous ne croyez pas qu’en plus d’être souriantes on nous demande d’être intelligentes quand même ? »
C’était brutal, mais avec certaines personnes jouer au plus con c’est ce qui marche…

« 5 euros 69 »
« 69 comme 69 ? Tu veux que je te donne des cours de créole ? »
Ah ouais, quand même… Merci je crois que je vais apprendre toute seule hein.

« Merci je n’ai pas besoin de votre pièce d’identité. »
« Ah je comprends tu préfères l’originale. »
« La seule différence que je vois sont les années qui vous ont marqué monsieur. » (Avec un sourire ça passe le sarcasme)
« Mais moi aussi je préfère ton originale. Sauf qu’au lieu de bagues en argent j’y mettrai des bagues en diamants. »
Ah celui-là je l’ai pas venu venir… Poète en plus !

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Une réflexion sur “Les aventures d’une caissière altermondialiste, et végétalienne : épisode 1

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