Je dois avoir un don pour le ridicule

Je dois avoir un don pour le ridicule. C’est ce que je me dis à peu près tous les jours. Tous les grands événements de ma vie me donnent une occasion de rigoler de moi-même car ils sont systématiquement accompagnés d’un moment où je me tape la honte.

Pour mon oral de français, en première, j’étais tellement tétanisée à l’idée de parler de quelque chose d’inintéressant à un total inconnu que j’en ai perdu ma salive et mes neurones se sont gelés. En gros j’étais un légume, une pauvre fille écervelée qui aurait répondu juste que si on lui avait demandé la couleur de sa robe (et encore, le stress avait assez altéré mes sens pour que je réponde à côté de la plaque…). Et dans ces moments là (oui parce que c’est arrivé pas mal de fois) j’ai juste envie de me flageller d’avoir l’air aussi conne.
Après 10min d’un monologue à mon goût très peu convainquant sur l’analyse de l’injustice dont est victime Antigone (me battant avec ma bouche pâteuse et louchant sur la bouteille d’eau qui me narguait au coin de la table), c’est au tour de mon examinateur de me tirer les vers du nez pour vérifier si mon cerveau est aussi vide qu’il paraît être ou si c’est le stress qui me fait perdre tout mes moyens. Et là, je lutte profondément pour retrouver mon vocabulaire, parce que je sais qu’il n’y a rien de pire que de ne pas trouver ses mots lorsqu’on doit sauver sa peau et se vendre.
« Quel est le pronom présent à la 1ère phrase de l’extrait ? »
« [Non mais sérieusement ?? J’ai peut-être l’air débile mais je suis pas arrivée jusqu’en première par accident quand même…]
C’est un pronom personnel singulier ? »
« Oui. Maintenant pouvez-vous me dire qui est Créon ? »
« Alors Créon c’est l’oncle d’Antigone. Et c’est celui qui… Celui qui trône. [Je me disais bien, deux réponses claires d’affilée c’était trop demander. C’est quoi le moooot ?] »
« Oui c’est le roi quoi. »
« Voilà. C’est le roi de la cité de Thèbes. »
« Dites-moi pourquoi l’histoire d’Antigone est tumultueuse. »
« Elle est la fille de sa mère et de son père [Juliette, tu m’éblouis de perspicacité], mais aussi sœur de son père puisque c’est Œdipe. Donc déjà, la famille repose à la base sur des rapports euh… Ben mère-fils quoi. [pourquoi les premiers détails qui te viennent sont les histoires de coucheries ?]
Ah oui, et son oncle la condamne à être emmurée vivante pour avoir enterré son frère Polynice, dont le corps était voué à être laissé aux rapaces. »
« D’accord. Et qu’est-ce qui te plait dans son histoire ? »
« INCESTUEUX !!!!! C’est le mot que je cherchais, désolée. Des rapports incestueux. »
« Ahahahahah »
« [Euh si mon examinateur se fout de moi, c’est sensé être bon signe ou quoi ? Moi aussi je rigolerais bien si j’étais pas en train de rater mon bac.] »
« Ce qui me plait dans son histoire… »
« Sinon vous pouvez répondre à mes questions en direct et ne pas attendre que je vous en pose une autre… (Il a dit ça avec un sourire, pas sur un ton qui m’aurait achevée pour de bon) »
« [En même temps si tu savais, mon cerveau est tellement lent que c’est comme si j’avais une conversation oreillette avec Nelson Monfort]
Sinon je peux vous parler de Phèdre..? »
[…]
Du coup je fais ce que je peux, je sauve les meubles, je fouille dans ma mémoire floue pour mettre la main sur le peu de lucidité dont je peut faire preuve.

Pour mon permis, mon bon sens m’a aussi fait le coup, parce que sinon c’était pas drôle. Je me mets dans la voiture, je suis obligée de pencher la tête pour rentrer entière dans la voiture d’examen, du coup j’hésite entre maudire mes parents de m’avoir faite aussi grande ou haïr le fait d’avoir conduit seulement quelques heures dans cette voiture dont je ne maitrise absolument pas les manettes. Et je m’entends dire, en grosse touriste « ou se trouve la commande pour baisser mon siège ? » [bien Juliette, bieeeeen, tu viens de griller le quart de ta crédibilité. Autre chose ?]
Puis nous voilà partis, la tension presque palpable dans la voiture. Au moins là on me demande pas d’être intelligente, il faut juste que je sois attentive. « Tu t’en fous de ne pas trouver les bons mots, t’as même pas besoin de parler. Juste tes yeux, n’utilises que tes yeux. »
Je mets tous mes clignos, vérifie tous mes angles morts, n’oublie aucune priorité. Il me fait me garer.
« Mademoiselle votre clignotant pour informer de votre intention de vous garer. »
« Oui pardon. [rhoooo mais ça va, on et dans un parking quoi. Mes parents l’ont jamais fait… Ouais bon en même temps c’est peut-être pas un bon exemple en fait.] »
« Allumez vos feux de croisement et on va aller les vérifier à l’extérieur du véhicule. »
J’allume, je sors. Il me regarde. Je le regarde. Quelques secondes passent.
« [ah je suis peut-être sensée dire quelque chose là… Mais quoi ? Vite, trouve.]
Ils sont ici. »
« Ah non ce ne sont pas les feux de croisement. »
« Bien sur, ce sont les feux de position ceux-là, les feux de croisement sont là. [oh putain mais c’est pas possible, on t’a pas demandé d’être intelligente, mais quand même tu pourrais au moins faire semblant…] »

Ouais voilà le genre quoi, vous avez compris le spécimen que je deviens quand je suis sous pression… Je perds absolument tous mes moyens !
Mais je vous rassure, à chaque fois ça s’est bien fini, preuve que le ridicule ne tue pas 😀

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