L’art de donner un travail à tout le monde

Sans doute parce que la pauvreté est plus présente qu’en Europe et qu’ils se font un devoir de donner une place dans la société a tout le monde, les habitants du Sri Lanka occupent des postes tout à fait incongrus qui font beaucoup rire les occidentales que nous sommes.

Dans les bus :
Il y a le chauffeur
Le rabatteur qui scande a tout bout de champs le nom de la ville de destination du bus a une vitesse assez hallucinante ce qui donne « maskeliya-maskeliya-maskeliya-maskeliya-maskeliya »
Le monsieur qui vend les tickets, qui se balade avec un carnet tout déchiré renforcé d’une plaque en métal à la reliure. Ce carnet de fortune sert à la fois de fond de caisse, de portefeuille (la liasse de billets est glissée juste avant la troisième de couv’) et de distributeur de ticket (c’est de là qu’il découpe les coupons dont il garde les doubles grâce au papier carbone qu’il déplace de page en page).
Enfin, il y a toujours une gentille personne qui t’aide a monter ton énorme sac et le ranger quelque part, ça peut être une des trois personnes ci-dessus ou même un des passagers du bus.

Sur la route :
Il y a celui qui reste à côté des fontaines pour remplir des bidons d’eau à la demande des chauffeurs de bus. Le jerrican une fois plein, le monsieur de la fontaine le fait passer au chauffeur par la fenêtre, qui le passe ensuite au monsieur des tickets. Ce dernier verse alors le contenu dans un conduit abrité par une trappe disposée sur le dessus du moteur, juste an gauche du chauffeur.
Le monsieur qui reste sur le bord de la route pour donner des « indications » aux touristes (on met ça entre guillemets parce qu’en fait la plupart du temps ce monsieur ne parle pas un mot d’anglais, il est seulement capable de te dire la couleur du bus et l’endroit où il faut l’attendre, c’est à dire souvent juste à côté de lui ou à côté du monsieur en face si jamais tu dois aller dans l’autre direction). Si tu as de la chance, il pourra te dire le numéro du bus et l’heure approximative de son arrivée, mais ce ne sera jamais guère plus précis que « twenty or thirty minutes » ! Dans tous les cas, il se rappellera où tu dois aller et t’indiquera en s’agitant et en te poussant sur le bord de la route dès que ton carrosse s’avancera, il l’arrêtera même pour toi d’un tout petit geste du bras.
Les chauffeurs de tuk tuk hyper collants qui te proposent de monter avec eux par la même phrase systématique « Hi madam, need a tuktuk ? ». Alors déjà t’arrêtes de nous appeler « madame » stp, ça nous donne la désagréable impression d’être soit vieilles soit femmes de colons britanniques, et de deux non, si Dieu nous a donné des jambes c’est sans doute pour marcher, et les femmes ne font pas exception à la situation ! Et oui, on s’est souvent rendues compte que les chauffeurs étaient hyper étonnés que des nanas puissent marcher au bord de la route, chargées d’un énorme sac à dos (voir deux) ou pas, sans se jeter sur un tuktuk !! On n’a pas fait l’expérience en se baladant avec un homme mais quand on explique gentiment au tuktuk man qu’on a envie de marcher, ils nous répondent à chaque fois « mais c’est loin, c’est au moins à deux kilomètres ». Non merci, ça va, on préfère vraiment marcher parce que même à 150 roupies la course, ce qui n’est pas énorme puisque c’est moins de 1€, ben c’est toujours ça d’économiser (c’est le prix d’un repas pour une personne dans certains restaurants…) et c’est pas 2000 pas qui vont nous tuer si ?!
Les rabatteurs de guesthouses et les chauffeurs de taxis privés qui veulent te vendre leurs tours le lendemain ! L’argument des premiers est que tu vas te faire arnaquer dans celle que tu as réservée parce que la sienne est moins chère (tu parles, tu vas devoir payer sa commission) et forcément mieux, ça ne t’engage à rien de le suivre pour visiter l’endroit et de décider (sauf que la course est à ta charge et qu’après il refusera de t’amener dans une autre si la sienne ne te convient pas). Quant aux seconds, ils avancent que leur voiture est confortable et climatisée, que eux, contrairement à la plupart des autres, prennent leur temps sur les sites pour te permettre de profiter et ne font pas une visite ultra rapide et bien sur qu’ils sont beauuuuuucoup moins chers que tous les autres. À noter que certains chauffeurs de tuktuk sont aussi rabatteurs pour les guesthouses et guides touristiques, donc ils te proposeront chaque casquette dans cet ordre, jusqu’à épuisement du stock (et de notre patience bien entendu… Parce que vous n’imaginez pas à quel point il en faut pour lutter et dire non à tous ces messieurs serviables mais insistants, tout en gardant le sourire et son sang-froid !).

Dans un restaurant :
Il y a le monsieur qui se tient debout devant l’entrée et qui répète à longueur de journée « Yes Madam, come ! ». C’est l’équivalent du serveur qui est planté devant la terrasse de son restau sur le cours Saleya à Nice et dans tout autre endroit touristique où la concurrence est rude !
Il y a le propriétaire du restau, qu’on reconnaît parce qu’il est mieux habillé que les autres et il est toujours installé à la même table bien placée, il dégage une aura de respect et tout le monde le salue sans exception. On se dirige vers lui instinctivement pour lui demander si on peut manger dans son établissement, mais la plupart du temps il ne parle malheureusement pas l’anglais, alors il appelle un de ses (nombreux) serveurs, jeune de préférence, qui se débrouille mieux dans la langue de Shakespeare.
Il y a les serveurs, qui sont au minimum 2 ou 3, même pour les plus petits bouis-bouis (peut être que ce sont juste des amis ou de la famille du patron qui donnent un coup de main ?), ils sont souvent hyper contents de nous voir et surpris quand on sait ce qu’on veut manger sans demander de cartes et qu’on donne le nom des plats en cinghalais :-). Par contre, on a remarqué que les serveurs sont quelque peu pressés que tu finisses de manger : ils rodent autour de toi et s’empressent de débarrasser la vaisselle vide aussitôt que tu as terminé un plat… Toujours avec un immense sourire, les mains derrière le dos et la question « You finish ? ». On pense que c’est de la politesse et le signe d’un service attentif et présent, mais parfois ça nous énerve parce qu’on voudrait prendre le temps de profiter du repas !
Il y a le cuisto qui est soit caché dans une cuisine au fond, soit derrière une vitrine qui donne sur la rue devant le restau, et il fait sauter son riz ou cuire ses « rotis » devant les passants alléchés par l’odeur qui se dégage !
Il y a un monsieur qui est préposé aux boissons et qui va te demander environ 5 fois en moyenne pendant le repas si tu veux une bouteille d’eau (variante : « you want cool water ? »).
Et enfin il y a le monsieur qui encaisse les sous : il est souvent assis derrière un petit comptoir dans le quel est rangé une boîte qui sert de fond de caisse, en hauteur (le comptoir est à hauteur de poitrine à peu près, de sorte que tu ne peux pas apercevoir le contenu de la caisse), il a souvent l’ongle de son petit doigt hyyyyyyyyper long et n’est pas très souriant (tu m’étonnes, vu l’odeur et la saleté des billets, ça nous ferait pas kiffer non plus de manipuler ça à longueur de journée…). Parfois, il est entouré de barreaux ou derrière une grande plaque de Plexiglas, sans doute pour se protéger en cas de braquage ?

En fait on ne sait même pas si tous ces gens sont payés pour ce qu’ils font ou si c’est même leur job, quoiqu’il en soit, tout le monde a une activité et le chômage ici n’existe pas !
On ne croit pas que ce soit typique de l’Asie, apparemment ça existe dans le monde entier : on nous a rapporté qu’en Amérique du Sud c’était pas mal non plus, question « job inutile mais job quand même » !

Et à côté de ça, on a rencontré des gens qui cumulaient plein de jobs différents. Par exemple, les propriétaires de guesthouses sont presque tous chauffeurs de tuktuk (on s’est ensuite rendues compte que tous les srilankais possédaient un tuktuk pour se déplacer, transporter leur famille et leurs courses – c’est moins cher qu’une voiture et plus spacieux qu’une moto…-, et que de temps en temps ils te proposent de t’emmener avec eux contre de l’argent, histoire de remplir un peu les caisses !!), loueurs de vélos ou de bateaux et cuisiniers d’un restaurant. Certains ont même un magasin juste à côté, style épicerie de quartier ! Ceux là sont hyper fiers d’énumérer tous les établissements qu’ils possèdent, signe de grande réussite financière !! :D. Un de nos hôtes nous a même très fièrement proposé son fils en mariage, en soulignant que les business florissants de son papa faisaient de lui un super bon parti… En disant « If you’re ok I’m ok ! ». Ça change du Maghreb où ils veulent t’acheter avec des chameaux ou des chèvres !!

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2 réflexions sur “L’art de donner un travail à tout le monde

  1. Salut les filles !
    Petit souci avec votre dernier article : my tailor is rich. Pas de photo et quand on veut laisser un commentaire pas moyen… On me dit : page non trouvée.
    Sinon, continuez vos articles. C’est un grand plaisir de vous lire. On attend avec impatience le prochain…
    Bisouuuuuuuuus

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