Temple Keshava

Oui, on sait, ce blog n’est pas un blog d’histoire ou d’archéologie. Mais Ingrid adore les vieilles pierres, les trucs chiants comme les dates, les techniques, les courants artistiques et les dynasties royales, c’est plus fort qu’elle ! Et il semblerait que Juju commence à y prendre goût, dans une certaine mesure : elle qui ne s’intéressait qu’à la nature et qui n’avait d’yeux que pour le ciel et le soleil, se prend au jeu de deviner les détails et les références cachées dans l’architecture et les gravures que les générations passées nous ont léguées pendant nos visites !
Alors certes, le but de ce blog n’est pas de raconter des trucs barbants et abstraits qui n’ont d’intérêt que pour ceux qui se passionnent pour l’histoire indienne (et croyez-nous, elle est chocopops niveau longueur et complication !! Rien à voir avec la royauté française enseignée à l’école primaire ou au collège… C’est plus du genre dynasties égyptiennes mais en pire, avec des noms de souverains aussi faciles à prononcer et à retenir qu’un mantra en sanskrit ! – quand tu apprends le deuxième mot, tu a déjà oublié le premier… -) et l’hindouisme, mais on s’est promis que quand on aurait un coup de cœur, et que ça vaudrait le coup, on en parlerait !

Et là, ben on a eu le coup de cœur…

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Était ce parce que l’endroit n’est presque pas visité par les touristes (il se situe à 50km de Mysore, difficile d’y accéder par transports en commun donc) ? Parce qu’on s’est retrouvés presque seuls avec notre guide dans le sanctuaire (on dit « presque seuls », parce que juste après une classe d’indiens a débarqué, et comme ils sont entre 50 et 70 écoliers dans une seule classe, ça fait du monde ! Et comme ce sont des indiens, ça fait du bruit !) ? Parce que l’endroit était paisible et que pour une fois on a ressenti l’énergie et le mysticisme de la religion hindoue, compris la richesse des symboles dans l’architecture de ses temples et qu’on a véritablement frissonné face à la délicatesse et l’application de leurs décorations et détails ?
Pour toutes ces raisons, il fallait qu’on vous partage cette visite, avec photos à foison a l’appui, pour rendre cette découverte un peu plus concrète et visuelle !

Les détails historiques un peu moins fun maintenant, mais à notre sens utiles malgré tout pour comprendre la prouesse, la finesse et la force de ce temple…

Au XIIe siècle, l’Inde ne ressemblait pas à l’Inde d’aujourd’hui : beaucoup plus grande, déjà, et surtout beaucoup plus divisée ! En gros tout le monde se battait avec tout le monde pour récupérer un territoire, un trône ou bien une réputation (c’était la même chez nous au même moment donc on va pas leur en vouloir hein ! Ralala les hommes, TOUS LES MÊMES HEIN !! ), mais on va la faire courte si vous voulez bien.

Le nord et le sud étaient alors dirigés par des dynasties royales différentes qui, bien qu’elles partagent la même religion, l’hindouisme, passaient leur temps à s’affronter et à construire des bâtiments pour en mettre plein la vue à l’autre et étendre son royaume prospère le plus possible. Résultat : on n’arrive jamais à se souvenir à qui appartient quoi et à quelle période ! Surtout qu’un peu plus tard, les moghols, les Sultans musulmans venus de Perse, ont débarqué, et ils ont encore plus fichu le bazar dans cette histoire et cette géographie déjà assez tarabiscotées !

Bref, revenons à nos statues !

Le temple de Keshava se situe dans un tout petit village du Karnataka, appelé Somnathpur. Construit sous la direction d’un commandant des armées du roi de l’époque, Somanatha (d’où le nom du bled, vous comprendrez le lien… Le type s’est dit qu’il allait installer une petite ville qu’il nommerait d’après lui, en toute modestie forcément, et puis comme une ville à l’époque n’avait aucun intérêt si elle n’était pas munie d’un temple, il a demandé l’autorisation au roi d’en faire construire un. Le roi Narasimha a accepté, les artisans s’y sont attelés et abracadabra, le temple est né !), il a quand même fallu près de 60 ans soit deux générations de rois pour qu’il finisse par ressembler à ça, en 1268. Mais vous comprendrez par vous même pourquoi ça a duré aussi longtemps quand vous verrez les photos en dessous. D’ailleurs on remarque à certains endroits que le travail de taille et de sculpture n’a pas été abouti sur l’ensemble de la surface. Mais on va pas leur en vouloir, vu la finesse du travailleur le reste ! La dynastie de l’époque, les Hoysala, était une des plus grandes en Inde du sud et ce temple est une de leur plus grande fierté, à juste titre !

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Il est construit sur une grande dalle coulée exprès pour y accueillir les fondations du temple. Tout autour de la dalle, un couloir carré longé d’une part par une multitude de piliers, et d’autre part par des salles de méditation. Au centre de la cour dessinée par le corridor, se trouve la pièce maîtresse du site : le temple ! Chaque temple hindou dans le pays a été bâti pour une divinité en particulier, et possède donc une caractéristique propre et précise : celui-ci est dédié à Vishnou. Sa forme suit un plan stellaire, c’est à dire que vu du ciel, son contour dessine une étoile, dont trois branches sont occupées par des chambres accueillant des statues de dieux pour la prière. La raison pour laquelle la forme d’étoile a été adoptée est simple : cela fait plus de surface pour y disposer des statues et graver les parois ! Du coup, le périmètre du temple mesure 1 kilomètre en tout, mais il n’est pas monolithe, c’est à dire qu’il n’a pas été travaillé dans un seul bloc de pierre unique : chaque élément a été taillé indépendamment et ils ont ensuite été assemblés et imbriqués les uns dans les autres (on voit d’ailleurs le travail du temps qui fait pencher ici et là des morceaux de piliers).

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La pierre dans laquelle le temple a été construit est la pierre de savon : assez souple et malléable pour y graver mouuuuuuultes petites choses hyper fines et délicates, mais qui a aussi la capacité de durcir et se solidifier lorsqu’elle est exposée aux intempéries (soleil, vent, pluie, froid, chaud…). L’intérieur est donc soigneusement et somptueusement décoré, surtout le plafond, dont les motifs alternent fleurs de bananiers (oui oui, les bananiers font des fleurs qui font ensuite des bananes… Quoi ? Vous ne le saviez pas ?? Pas de honte, nous non plus, on l’avoue, on s’est posées la question plusieurs fois jusqu’à en voir de nos yeux et comprendre !), ouvertes ou fermées, fleurs de lotus et autres symboles animaux pleins de significations !
L’extérieur quant à lui, et tout aussi somptueux et il nous a quand même fallu 2h de visite pour comprendre la complexité et les secrets de toutes ces sculptures et leur signification.
Le travail des sculpteurs a été tel que chacun y a gravé fièrement son prénom pour entrer dans la postérité, et a demandé tellement de temps et d’application que certaines n’ont même pas été terminées, car les artistes se sont faits surprendre par les invasions musulmanes. Si bien que certaines parties ont été « un peu » endommagées : et par « un peu » on entend que les visages des idoles ont été détruits par martèlement acharné; et que les scènes de kama-sutra, au demeurant très intéressantes et instructives, qui ont été jugées comme obscènes par les envahisseurs, ont également subies une forme de censure par ablation des attributs sexuels !! Ralala, le puritanisme n’a pas d’âge ni de frontière, pffffff…

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Une frise décore le bas du temple : elle compte près de 5000 éléphants, tous différents des uns des autres. Pas un seul n’est identique à un autre, les sculpteurs se sont appliqués à modifier un détail sur chaque sujet ! On vous raconte pas le boulot…

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Regardez les détails des décors : ici, le fleuve sacré Gange a été représenté avec sa faune et sa flore aquatiques, de même que la forêt. Sur la partie droite aquatique, on aperçoit des poissons, des crocodiles, des anguilles et même des tortues. Tandis que la partie gauche terrestre met en scène des singes, des vaches et des oiseaux au milieu des arbres fruitiers.

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Quant à ce morceau de sculpture, il est assez intriguant pour y consacrer quelques lignes, ne serait-ce que pour rendre hommage à l’artiste qui s’est un peu cassé la tête dans la composition de son oeuvre. Il represente le dieu auquel ce temple est dédié, et sa femme, qui répond au doux nom de Lakshmi. Vishnou, le plus grand personnage porte sur son genou gauche sa bien-aimée. Bon jusque là rien de folichon, juste un garçon qui porte sa chérie sur ses genoux (même si c’est rigolo de constater que les dieux se comportent comme nous !!). Mais c’est à partir de là que ça devient intéressant. Observez de plus près la jolie déesse : sa jambe droite repose délicatement sur une fleur de lotus, fleur qui est comme de par hasard son attribut ! La fleur semble ployer sous le poids de la belle, mais elle est délicatement retenue par la trompe d’un éléphant juste en dessous, animal qui se trouve être le véhicule de Lakshmi… Chaque élément de cette scupture a été réfléchi et prend sens. Et ce n’est qu’une toute petite partie de ce temple ! Croyez-nous, si cet endroit était le sujet d’une épreuve d’analyse d’oeuvre en histoire de l’art, il y aurait des choses à dire !!

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Le pilier à l’entrée du temple, situé sur l’esplanade devant à droite servait à la fois d’enseigne et de lampadaire : il était surmonté d’un grand plat en cuivre à l’intérieur duquel on faisait brûler une flamme trempée dans de l’huile pour guider les pèlerins arrivant à pieds dans la nuit noire. Ils savaient ainsi exactement quelle direction prendre même dans la nuit la plus sombre pour rejoindre leur lieu de culte, comme un phare guidant leur foi… Aujourd’hui c’est ce même pilier qui guide les touristes avides de connaissances, d’histoire et d’archéologie. (Vous avez vu, c’est beau ce qu’on dit hein ? ^^)

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Allez c’est bon, on arrête de vous ennuyer avec des mots, on vous laisse regarder les images ! 😀

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4 réflexions sur “Temple Keshava

  1. Bravo les filles pour ce nouvel article. J’ admire la façon de nous décrire ce que vous voyez. vos photos sont belles. Ingrid doit se régaler avec toutes ces vieilles pierres ! bises à toutes les deux. bon courage pour continuer.

  2. Coucou les filles je me régale le soir dans mon lit à vous lire … avant de tomber de fatigue … C’est un délicieux moment …. Je me marre … Je vous envie … Je m’évade un instant loin du quotidien …. Merci de partager vos instants de bonheur. Bises de nous 5
    PS vous nous manquez !

    • Coucou les Pratali ! Tant mieux si les articles vous transportent quelques instants dans nos yeux et dans nos vies ! En tout cas vous êtes toujours dans nos cœurs !
      En espérant vous captiver longtemps…
      Énormes poutoux à toute la famille !

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